Histoire de la cuisine

L’origine de la Chandeleur

La Chandeleur, c’est une belle occasion pour manger des crêpes pendant toute la journée (selon certains la quantité moyenne par personne devrait être de 23 à 30 crêpes, faites avec beaucoup d’alcool). Petite, je faisais sauter les crêpes dans la poêle, une pièce (en or de préférence) dans la main. Faire sauter la crêpe est une tradition répandue censée apporter bonheur et prospérité à quiconque réussira. Oui mais pourquoi ? Pour comprendre, il nous faut d’abord remonter à l’origine de la célébration…

Miam miam !

Une fête d’origine païenne

A l’image de nombreuses fêtes, la Chandeleur est une fête chrétienne qui aurait été superposée sur une fête païenne. A l’origine, il y a plusieurs fêtes pratiquées par les religions polythéistes situées aux alentours du 2 février : Imbolc (Celtes), Lupercales (Romains)… Elles sont toutes liées au soleil, à la fertilité, la prospérité. A la date d’Imbolc se trouve aussi la sainte Brigitte, qui mériterait un article entier ! En effet, sainte Brigitte de Kildare (d’Irlande) se confond avec la déesse Brigit, associée à la fertilité et à la lumière.

Pourquoi le 2 février ? Une hypothèse pour les religions polythéistes serait celle de l’ours [1] : animal sacré, roi des animaux et de la forêt, symbole du pouvoir royal (avant d’être remplacé par le lion), l’ours sortirait de sa tanière fin janvier début février. La fin de son hibernation (qui dure de 3 à 7 mois selon la météo) annonce aussi un réveil de la nature [2]. Ou au contraire un sommeil rallongé selon le dicton populaire : « à la Chandeleur, l’hiver se meurt ou prend vigueur ».

Une date qui annonce aussi le début de la saison du Carnaval et la venue de Mardi Gras, où l’on déguste également… des crêpes !

Une marmotte sort de son terrier, alléchée par l’odeur des crêpes.

On doit au pape Gélase Ier (492-496) [3] de placer la fête de la Purification de Marie et la Présentation de Jésus au Temple 40 jours après Noël et donc le 2 février. On retrouve la symbolique de la lumière puisqu’à cette occasion Jésus est appelé « Lumière du monde ». Pourquoi un délai de 40 jours ? Selon la loi décrite dans le Lévitique [5], une femme doit attendre 7 jours après l’accouchement puis 33 jours avant de pouvoir retourner dans un lieu sacré. On considérait les flux corporels comme impurs, porteurs du miasme, la maladie et la souillure.

Mettre des célébrations chrétiennes à la date de rites païens était un moyen de remplacer petit à petit les anciens cultes, ici les Lupercales. Fêtes de purification et de fertilité abolies, dont le sénateur romain Andromachus demande le rétablissement au pape dans une lettre [4], sans succès.  Par ailleurs, februare est un verbe latin qui signifie purifier… et a donné son nom au mois de Février (c’est encore plus transparent avec l’anglais february) !

Présentation de Jésus au Temple, fresque de Fra Angelico, vers 1440.

Pourquoi les crêpes ?

Tout d’abord, pensons pratique : une crêpe c’est facile à faire, c’est nourrissant, elle nécessite peu d’ingrédients qui étaient simples à se procurer. Ensuite, c’est rond. C’est bien là la symbolique principale : ronde et dorée comme le soleil, elle rappelle que le printemps n’est plus très loin [6]. Le cercle symbolise le renouveau, l’éternité, la ronde des saisons qui tourne… Le lien avec la lumière se retrouve dans le nom de la fête : Chandeleur vient du latin, candelarum, des chandelles !

De nombreuses traditions sont liées à cette symbolique : dans l’Angoumois on frappait des noyers avec une crêpe pour avoir de bonnes noix toute l’année [7]. Faire sauter la crêpe avec une pièce dans la main a une fonction apotropaïque, terme qui désigne un rite, objet, ou autre qui permet d’attirer fécondité et fortune sur soi ou sa maison et de chasser ou conjurer le mauvais sort.

Désormais vous savez tout sur les crêpes. A déguster sans modération, nature ou non, avec un bol de cidre (avec modération) !

Et vous, quelle est votre tradition de la Chandeleur ?

Une maîtrise rare de l’art de faire sauter la crêpe !

Notes et sources :
[1] PASTOUREAU MichelL’Ours. Histoire d’un roi déchu, Seuil, collection La librairie du XXIe siècle, Paris, 2007, pp. 149-152.
[2] Une tradition toujours présente aux Etats-Unis au travers du groundhog day, le jour de la marmotte, où le petit animal qui hiberne aussi remplace l’ours pour prédire la fin de l’hiver.
[3] WAGDA Martin, « A l’origine était la crêpe », in Hommes et Migrations, n°1254, Mars-avril 2005. Chinois de France. pp. 130-133.
[4] GUENTHER Otto (ed), Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum, vol. 35.1, Prague/Vienna/Leipzig, 1895, pp. 453-464.
[5] Luc 2, 22 et Lévitique, 12. Pour une fille les délais étaient plus longs…
[6] RAMBOURG Patrick, « Les crêpes, de l’or au fond de la poële », in Historia, n°866, 02/02/2019,
[7] Manuel de folklore français contemporain (1937-1958) Arnold Van Gennep

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