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Fêter la Saint Valentin comme au Moyen Âge

La fête de la Saint Valentin vient se caler dans un calendrier déjà bien rempli, entre la Chandeleur, Mardi Gras… Toute une période de fêtes autour de la nourriture, si Noël et le jour de l’An ne vous avez pas suffi. Malheureusement, le chocolat n’étant pas d’actualité au Moyen Âge mais encore un héritage de l’époque victorienne et du marketing, il fallait fêter la Saint Valentin autrement (et spoiler, ce n’était pas avec de la nourriture)… D’où vient cette fête d’ailleurs ?

Pour faire le point sur l’origine de la Saint Valentin et la fêter dans les règles (médiévales) de l’art, voici la traduction d’un article de Huw Grange Some top tips for Valentine’s day … from Medieval lovers dans The Conversation.

Lovebirds in the 14th-century Codex Manesse (Cod. Pal. germ. 848, f. 249v).

Pourquoi la Saint Valentin ?

Si vous demandiez à quelqu’un d’être votre Valentin avant le XIVe siècle, on vous regarderait probablement comme si vous étiez fou ou folle. Et on vérifierai que vous n’auriez pas de hache.

Il y avait deux saints du nom de Valentin qui étaient vénérés le 14 février au Moyen Âge. Les deux Valentin étaient supposément des prêtres chrétiens qui tombèrent aux mains d’officiers Romains portés sur la décapitation. Mais il y a peu d’informations dans les premières légendes des deux saints pour suggérer une importante carrière posthume comme assistants de Cupidon. Donc je n’irai pas leur demander pour des conseils.

C’est probablement Geoffrey Chaucer qui a lancé la saint Valentin. Dans son Parliament of Fowls, Chaucer a imaginé la déesse Nature assemblant par deux tous les oiseaux pour l’année à venir, le jour de la « Seint Valentyn ».

Il s’agit en premier de la reine aigle. Elle est courtisée à longueur de temps par les nobles oiseaux-de-proie, au grand désespoir des canards, coucous et autres oiseaux de rangs inférieurs (désolés de s’entendre avec elle) :

‘Come on!’ they cried, ‘Alas, you us offend!
When will your cursed pleading have an end?’

Ce que l’on pourrait traduire par :

« Viens ! » crièrent-ils, « Hélas tu nous a offensés !
Quand notre supplication maudite aura t-elle une fin ? »

Parmi les cris impatients rivalisant avec les Questions de notre propre Première Ministre (“Kek kek! kokkow! quek quek!”), la reine aigle ne peut pas décider quel soupirant mérite le plus son amour. Alors elle se résout à les laisser inassouvis jusqu’à l’année suivante.

Mais pourquoi diable Chaucer a t-il choisi une date en Février pour son assemblée aviaire ? Les oiseaux d’Angleterre ne sont pas particulièrement au fort de leur voix à cette période de l’année, même avec le réchauffement climatique. Peut-être pensait-il à une obscure St Valentin célébrée à Gênes au mois de Mai. Cependant les Valentins fêtés ce 14 février étaient biens connus, et c’est cette date qui a collée. Bien sûr, quand il s’agit d’affaires du coeur, nous pouvons difficilement attendre que la raison triomphe.

De la fiction aux faits

Mais ces origines troubles n’ont pas importées longtemps. Au tournant du XVe siècle, les oiseaux amoureux fictionnels n’étaient plus les seuls à chanter à coeur ouvert le jour de la Saint Valentin.

D’après cette charte de fondation, une société connue comme la « Cour d’Amour » a été établie en France en 1400 comme une distraction pendant un épisode particulièrement mauvais de peste. Ce document étrange stipule que tous les 14 février : « quand les petits oiseaux chanteront de nouveau leur douce chanson » (vous en êtes surs les gars ?), les membres devront se retrouver à Paris pour un repas splendide. Les invités masculins apporteront une chanson d’amour de leur propre composition, jugée par toutes les femmes de l’assemblée. Plus d’effort que pour les demandes Tinder. Mais quand on veut faire plaisir…

Il n’y a pas de preuve que la Cour d’Amour se soit retrouvée aussi souvent que prévu (sa charte mentionnait des rassemblements mensuels en plus des festivités du 14 février). Mais elle ne semble pas non plus relever de la pure poésie fictionnelle. Totalisant environ 950 participants (ce qui représente un certain échantillon de la population), du roi de France à la petite bourgeoisie, la romance de la Saint Valentin n’était plus uniquement pour les aigles.

La fête d’amour de la Saint Valentin d’aujourd’hui est peut-être le résultat d’un groupe d’hommes et de femmes du Moyen Âge qui voulaient que la vie imite l’art. Si c’est le cas, leur imitation n’était pas nécessairement naïve. En mettant en scène le plus poétique des parades amoureuses aviaires, le Parliament of Fowls de Chaucer incite son audience à réfléchir aux différences entre leur cour « artistique » et celle « naturelle » des oiseaux. Des textes comme celui-ci aidaient le public médiéval à comprendre que leurs identités étaient le produit de créations culturelles. A cet égard ils peuvent toujours nous aider aujourd’hui.

Waterhouse, John William: Beautiful Woman Without Mercy/Pity

Quatre conseils médiévaux

Pour un aspect plus pratique, la littérature médiévale peut aider si vous n’avez pas encore trouvé de cadeau de Saint Valentin pour une personne spéciale. Oubliez la joaillerie clinquante, voici quelques témoignages d’amour qui conviennent à toutes les bourses :

  • Vous cherchez à rallumer l’étincelle de la passion dans votre relation ? Dans son texte du XIIe siècle Art of Courtly Love (Art de l’amour courtois), Andreas Capellanus suggère d’acheter à votre partenaire un lavabo. Qui a besoin de parfum luxueux quand un bon vieux lavabo peut faire l’affaire ?
  • Que pensez-vous de personnaliser quelques vêtements de votre âme soeur ? Ajoutez des boutons que vous seul.e savez défaire et vous avez une ceinture de chasteté ! Voir les Lais Marie de France pour quelques exemples.
  • Autrement, pimpez des vieux t-shirts de votre partenaire en y cousant des mèches de vos propres cheveux. A en juger par la réaction d’Alexandre dans le roman du XIIe siècle Cligés de Chrétien de Troyes, ils ne voudront plus jamais porter autre chose (attention : lavage à la main uniquement).
  • Et si aucun des conseils ci-dessous ne vous semble suffisamment sincère, vous pouvez toujours suivre l’exemple du livre du Chastelain de Couci, qui (selon sa biographie du XIIIe siècle) a littéralement donné son coeur à son aimée (attention, effets secondaires indésirables).
On this 14th-century coffret, a man surrenders his heart to Lady Love

Conseil supplémentaire : fournir un petit contexte littéraire et historique avec les cadeaux mentionnés et il y a une chance pour que votre Valentin ne vous regarde pas comme si vous étiez en train de tenir une hache.

 

Tentés par ces conseils médiévaux ? Racontez-nous votre Saint Valentin médiévale !

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